Je suis planté les pieds dans le talus un peu crasseux au bord de la rectitude implacable du ruban d'asphalte qui partage le paysage en deux.

C’est un horizon fou —presque parfaitement circulaire— à peine troublé vers l'est par un lointain bosquet.

Pas un clocher. Pas un bâtiment agricole. Ce ne sont que labours d'une droiture intensive.

Je vois, non loin sur la droite, deux profondes ravines de craie tracées par les pneus d’un engin titanesque.

Partout ce n'est qu'un champs de betteraves gris dont la récolte est amassée en tas beiges ici et là.

Ce qui se voit le mieux c'est l'odeur.

Cette odeur écœurante et fade de la plante sucrière, moins forte que celle des porcs, mais qui procède toutefois un peu du même charme délétère.

Pendant que j'officie seul face au vide des sillons infinis, passent une bétaillère pleine de fragrances mugissantes et —quelques secondes plus tard— un  semi remorque hurlant une rafale de vent chargée de bruine sale.

Sinon rien jusqu'à le dernière petite goutte